Journal d'un photographe

Que reste-t-il de notre memoire si ce n'est une photographie.
Copyright Alain Keler
http://alain-keler.tumblr.com/                  Journal d’un photographe.
Samedi 17 novembre 1979.
Je quitte le Salvador pour le Honduras. Il y a une junte militaire au pouvoir. La situation au Salvador n’a pas débordée sur cet autre petit pays d’Amérique centrale.
Un arrêt dans un café sur le bord de la route de la frontière avec le Nicaragua. En réalité les Sandinistes viennent de chasser du pouvoir Somoza et l’inquiétude est grande de voir une cubanisation de l’Amérique centrale.
Un peu d’histoire pour essayer de comprendre…
« Villeda Morales fut renversé en 1963 par le colonel Oswaldo López Arellano, qui gouverna en dictateur jusqu’en 1975, à l’exception d’une brève éclipse en 1972. Sous son régime, l’économie déjà fragile du Honduras sombra un peu plus, surtout après la coûteuse guerre contre le Salvador, en 1969. La raison du conflit? La présence illégale, au Honduras, de 300 000 travailleurs salvadoriens. En 1975, les forces armées aidèrent le colonel Juan Alberto Melgar Castro à prendre le pouvoir, mais trois ans plus tard, il fut évincé à son tout par le colonel Policarpo Paz García. 
Ce fut encore une époque de grande instabilité politique, marquée par le renforcement de la présence militaire américaine. Les États-Unis firent du Honduras une plate-forme de lutte contre le régime sandiniste nicaraguayen et la guérilla salvadorienne. En 1985, le libéral José Simón Azcona Hoyo fut élu président, puis remplacé en 1989 par le conservateur Rafael Leonardo Callejas. Par la suite, les politiciens honduriens durent faire face à des grèves générales, la persistance des inégalités sociales, des frictions régionales et des conflits avec le Nicaragua à propos des eaux territoriales, sans oublier l’emprise des militaires sur la vie.
On peut dire que le Honduras fut un «pays agité». Au cours des 150 dernières années, celui-ci a connu 160 changements de gouvernement, 24 guerres et 260 révoltes armées. En juillet 1996, la Convention 169 de l’OIT — laConvention relative aux peuples indigènes et tribaux — avait été ratifiée par le Honduras, ainsi que par la Bolivie, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Mexique, le Paraguay, le Pérou, etc*. »
 
* Source http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/honduras.htm

 

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Samedi 17 novembre 1979.

Je quitte le Salvador pour le Honduras. Il y a une junte militaire au pouvoir. La situation au Salvador n’a pas débordée sur cet autre petit pays d’Amérique centrale.

Un arrêt dans un café sur le bord de la route de la frontière avec le Nicaragua. En réalité les Sandinistes viennent de chasser du pouvoir Somoza et l’inquiétude est grande de voir une cubanisation de l’Amérique centrale.

Un peu d’histoire pour essayer de comprendre…

« Villeda Morales fut renversé en 1963 par le colonel Oswaldo López Arellano, qui gouverna en dictateur jusqu’en 1975, à l’exception d’une brève éclipse en 1972. Sous son régime, l’économie déjà fragile du Honduras sombra un peu plus, surtout après la coûteuse guerre contre le Salvador, en 1969. La raison du conflit? La présence illégale, au Honduras, de 300 000 travailleurs salvadoriens. En 1975, les forces armées aidèrent le colonel Juan Alberto Melgar Castro à prendre le pouvoir, mais trois ans plus tard, il fut évincé à son tout par le colonel Policarpo Paz García. 

Ce fut encore une époque de grande instabilité politique, marquée par le renforcement de la présence militaire américaine. Les États-Unis firent du Honduras une plate-forme de lutte contre le régime sandiniste nicaraguayen et la guérilla salvadorienne. En 1985, le libéral José Simón Azcona Hoyo fut élu président, puis remplacé en 1989 par le conservateur Rafael Leonardo Callejas. Par la suite, les politiciens honduriens durent faire face à des grèves générales, la persistance des inégalités sociales, des frictions régionales et des conflits avec le Nicaragua à propos des eaux territoriales, sans oublier l’emprise des militaires sur la vie.

On peut dire que le Honduras fut un «pays agité». Au cours des 150 dernières années, celui-ci a connu 160 changements de gouvernement, 24 guerres et 260 révoltes armées. En juillet 1996, la Convention 169 de l’OIT — laConvention relative aux peuples indigènes et tribaux — avait été ratifiée par le Honduras, ainsi que par la Bolivie, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Mexique, le Paraguay, le Pérou, etc*. »

 

* Source http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/honduras.htm

 

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Samedi 10 novembre 1979.
Il y a une vie économique au Salvador. Le café représentait plus de 50% des exports de ce petit pays d’Amérique centrale. Pendant la guerre civile les politiques du gouvernement, les attaques de la guérilla et les désastres naturels firent plonger les investissements.
Je décide d’aller dans une plantation dans la région de Santa Anna. En dehors de l’actualité chaude, l’économie d’un pays représentait une source d’archives importante pour l’agence. Et c’était bien de sortir un peu de cette capitale mortifère.
Jeudi 18 novembre 2014.
Il y a de l’orage dans l’air, il fait très chaud pour un 18 septembre. Le tonnerre gronde, quelques gouttes tombent. Puis s’en va ! J’ai fermé presque toutes les fenêtres et j’ai encore plus chaud. Déjeuner avec JPG, photographe dans un hebdo « newsmagazine ». Un très vieil ami que j’apprécie beaucoup, photographe très sensible. Il était venu il y a 3 jours dans l’immeuble où j’habite photographier une virtuose du piano, la jolie Claire Marie, qui figurait dans mon journal première formule il y a pas mal de temps (Mardi 2 octobre 2012).

 

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Samedi 10 novembre 1979.

Il y a une vie économique au Salvador. Le café représentait plus de 50% des exports de ce petit pays d’Amérique centrale. Pendant la guerre civile les politiques du gouvernement, les attaques de la guérilla et les désastres naturels firent plonger les investissements.

Je décide d’aller dans une plantation dans la région de Santa Anna. En dehors de l’actualité chaude, l’économie d’un pays représentait une source d’archives importante pour l’agence. Et c’était bien de sortir un peu de cette capitale mortifère.

Jeudi 18 novembre 2014.

Il y a de l’orage dans l’air, il fait très chaud pour un 18 septembre. Le tonnerre gronde, quelques gouttes tombent. Puis s’en va ! J’ai fermé presque toutes les fenêtres et j’ai encore plus chaud. Déjeuner avec JPG, photographe dans un hebdo « newsmagazine ». Un très vieil ami que j’apprécie beaucoup, photographe très sensible. Il était venu il y a 3 jours dans l’immeuble où j’habite photographier une virtuose du piano, la jolie Claire Marie, qui figurait dans mon journal première formule il y a pas mal de temps (Mardi 2 octobre 2012).

 

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Mardi 6 novembre 1979.
San Salvador. Sur fond de guerre civile, d’assassinats, d’enlèvements, de séquestrations, les BPR (Bloque Popular Revolucionario) organisent une manifestation.
Le même jour, des ministres du gouvernement qui étaient séquestrés sont relâchés et il y a une fête à l’université.
Mercredi 17 septembre 2014.
Déjeuner agence. Lionel, Tess qui va nous quitter, après une année de bons et loyaux services, pour vivre sa vie, et Chloé qui va remplacer Tess. Bon vent Tess. Bienvenue Chloé, tu arrives dans une agence qui bouge, remplie de projets et qui va fêter l’année prochaine ses dix ans d’existence !
Après le déjeuner, vélo, en salle, 19,4 km en 45 minutes. Cent mètres de plus qu’hier ! Mais promis, j’arrête avec ces infos qui n’intéressent personne, sauf moi. Jusqu’à la prochaine fois !

 

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Mardi 6 novembre 1979.

San Salvador. Sur fond de guerre civile, d’assassinats, d’enlèvements, de séquestrations, les BPR (Bloque Popular Revolucionario) organisent une manifestation.

Le même jour, des ministres du gouvernement qui étaient séquestrés sont relâchés et il y a une fête à l’université.

Mercredi 17 septembre 2014.

Déjeuner agence. Lionel, Tess qui va nous quitter, après une année de bons et loyaux services, pour vivre sa vie, et Chloé qui va remplacer Tess. Bon vent Tess. Bienvenue Chloé, tu arrives dans une agence qui bouge, remplie de projets et qui va fêter l’année prochaine ses dix ans d’existence !

Après le déjeuner, vélo, en salle, 19,4 km en 45 minutes. Cent mètres de plus qu’hier ! Mais promis, j’arrête avec ces infos qui n’intéressent personne, sauf moi. Jusqu’à la prochaine fois !

 

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Mardi 30 octobre 1979.
San Salvador. Eglise du Rosario. Toujours les victimes de la fusillade d’hier. Les obsèques auront lieu vendredi prochain.
Sur la vitre d’un cercueil une femme a écrit :
« Je t’aime. Je ne t’oublierai jamais. Je parlerai de toi à ma fille lorsqu’elle grandira et qu’elle pourra comprendre ».
Mardi 16 septembre 2014.

Aujourd’hui à Paris il fait chaud, très chaud.Ca ne m’a pas empêché d’aller faire du vélo (en salle, mais quand même) et de rouler l’équivalent de 19,3 km en 45 minutes. C’est vrai que rien n’est plus efficace que d’aller sur le terrain, chercher l’info, courir, avec un sac lourd. Lourd ! Et au Salvador il nous arrivait beaucoup de courir, pour nous protéger des forces de l’ordre, des violences. Ca valait toutes les salles de gym du monde !

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Mardi 30 octobre 1979.

San Salvador. Eglise du Rosario. Toujours les victimes de la fusillade d’hier. Les obsèques auront lieu vendredi prochain.

Sur la vitre d’un cercueil une femme a écrit :

« Je t’aime. Je ne t’oublierai jamais. Je parlerai de toi à ma fille lorsqu’elle grandira et qu’elle pourra comprendre ».

Mardi 16 septembre 2014.

Aujourd’hui à Paris il fait chaud, très chaud.Ca ne m’a pas empêché d’aller faire du vélo (en salle, mais quand même) et de rouler l’équivalent de 19,3 km en 45 minutes. C’est vrai que rien n’est plus efficace que d’aller sur le terrain, chercher l’info, courir, avec un sac lourd. Lourd ! Et au Salvador il nous arrivait beaucoup de courir, pour nous protéger des forces de l’ordre, des violences. Ca valait toutes les salles de gym du monde !

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Lundi 29 octobre 1979.
Ce sont des jours noirs que vivent les salvadoriens. Une quarantaine de morts dans la manifestation d’aujourd’hui.
Certains morts ont été amenés à l’église du Rosario, d’autres à l’université de droit où les corps ont été allongés sur des tables installées sur une scène d’un amphithéâtre. Ils sont tous recouverts du drapeau des LP28. Un homme désespéré tentait de bouger le corps d’une femme. Sa femme peut-être. Je ne l’ai jamais su. Puis il s’est agenouillé en posant sa tête contre elle. Des étudiants debout derrière lui essayaient de lui parler, mais il ne les entendait pas. Il pleurait contre elle. Il se leva et retira sa chemise pour en recouvrir son corps. Il lui parla en caressant son visage qu’il venait de bouger. Les étudiants étaient repartis dans la salle pour le laisser seul face à sa douleur. Je m’éloignais à mon tour. Il restait seul avec elle.
Il y a des moments où le photographe se pose des questions sur son rôle, sur la légitimité qu’il a ou pas en pénétrant si profondément dans une intimité si forte.
Je ne pense pas qu’il y ait une réponse convenable. Cela dépend beaucoup de l’approche que l’on a, des circonstances. Le photographe voyeur ? Certains sans doute, pas tous. Il m’est arrivé souvent de me sentir mal à l’aise, et ce n’est pas en me faisant tout petit que je résolvais mes sentiments. On a beau se dire que l’on témoigne, d’abord on ne sait pas vraiment pour qui, et ensuite je ne crois pas que cette réponse colle bien aux drames auxquels nombre d’entre nous ont été confrontés. Il ne faut pas trop se raconter des histoires non plus. Souvent le photographe est là pour faire des photos chocs qui se retrouveront dans des festivals, sur des cimaises. Je n’échappe pas à la règle, mais ce n’est pas ce qui me guidait en 1979 au Salvador, ni plus tard je l’espère. Mais ce sont quand même ces images fortes et importantes qui peuvent sensibiliser le directeur artistique d’une publication, mais aussi le spectateur potentiel.
C’était bien de témoigner sur une histoire forte qui nous prenait aux tripes. C’était  aussi se confronter à la réalité de la guerre, pour voir peut-être jusqu’où nous pouvions aller, une manière de se tester.
« Froide et crue, brutale et frontale, la photographie de guerre fonctionne et circule comme un fragment dont les effets peuvent se révéler dévastateurs sur les opinions publiques. L’image fabrique en grande partie l’évènement médiatique. Participer à sa production, conditionner sa représentation, interférer dans sa diffusion s’apparente à des mesures de censure, contre lesquelles les artistes* se sont souvent érigés en proposant des représentations critiques et contradictoires. » Bernard Tillier. Beaux-arts magazine 2009. Dossier spécial  Arts et censure.
*Je n’ai jamais été un fana du terme artiste en photographie, tout au moins dans ce qui est mon univers. Je préfère le terme photographe. Il a le mérite d’être simple, clair et ne prête à aucune ambiguïté. Le texte cité a été écrit pour un magazine d’art.
Lundi 15 septembre.
Déjeuner avec mon copain Boris. Restaurant coréen. J’ai pris le menu à 12€, ce n’est pas ce repas qui va me ruiner. A part cela RAS. Si, du sport ce matin !

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Lundi 29 octobre 1979.

Ce sont des jours noirs que vivent les salvadoriens. Une quarantaine de morts dans la manifestation d’aujourd’hui.

Certains morts ont été amenés à l’église du Rosario, d’autres à l’université de droit où les corps ont été allongés sur des tables installées sur une scène d’un amphithéâtre. Ils sont tous recouverts du drapeau des LP28. Un homme désespéré tentait de bouger le corps d’une femme. Sa femme peut-être. Je ne l’ai jamais su. Puis il s’est agenouillé en posant sa tête contre elle. Des étudiants debout derrière lui essayaient de lui parler, mais il ne les entendait pas. Il pleurait contre elle. Il se leva et retira sa chemise pour en recouvrir son corps. Il lui parla en caressant son visage qu’il venait de bouger. Les étudiants étaient repartis dans la salle pour le laisser seul face à sa douleur. Je m’éloignais à mon tour. Il restait seul avec elle.

Il y a des moments où le photographe se pose des questions sur son rôle, sur la légitimité qu’il a ou pas en pénétrant si profondément dans une intimité si forte.

Je ne pense pas qu’il y ait une réponse convenable. Cela dépend beaucoup de l’approche que l’on a, des circonstances. Le photographe voyeur ? Certains sans doute, pas tous. Il m’est arrivé souvent de me sentir mal à l’aise, et ce n’est pas en me faisant tout petit que je résolvais mes sentiments. On a beau se dire que l’on témoigne, d’abord on ne sait pas vraiment pour qui, et ensuite je ne crois pas que cette réponse colle bien aux drames auxquels nombre d’entre nous ont été confrontés. Il ne faut pas trop se raconter des histoires non plus. Souvent le photographe est là pour faire des photos chocs qui se retrouveront dans des festivals, sur des cimaises. Je n’échappe pas à la règle, mais ce n’est pas ce qui me guidait en 1979 au Salvador, ni plus tard je l’espère. Mais ce sont quand même ces images fortes et importantes qui peuvent sensibiliser le directeur artistique d’une publication, mais aussi le spectateur potentiel.

C’était bien de témoigner sur une histoire forte qui nous prenait aux tripes. C’était  aussi se confronter à la réalité de la guerre, pour voir peut-être jusqu’où nous pouvions aller, une manière de se tester.

« Froide et crue, brutale et frontale, la photographie de guerre fonctionne et circule comme un fragment dont les effets peuvent se révéler dévastateurs sur les opinions publiques. L’image fabrique en grande partie l’évènement médiatique. Participer à sa production, conditionner sa représentation, interférer dans sa diffusion s’apparente à des mesures de censure, contre lesquelles les artistes* se sont souvent érigés en proposant des représentations critiques et contradictoires. » Bernard Tillier. Beaux-arts magazine 2009. Dossier spécial  Arts et censure.

*Je n’ai jamais été un fana du terme artiste en photographie, tout au moins dans ce qui est mon univers. Je préfère le terme photographe. Il a le mérite d’être simple, clair et ne prête à aucune ambiguïté. Le texte cité a été écrit pour un magazine d’art.

Lundi 15 septembre.

Déjeuner avec mon copain Boris. Restaurant coréen. J’ai pris le menu à 12€, ce n’est pas ce repas qui va me ruiner. A part cela RAS. Si, du sport ce matin !

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Lundi 29 octobre 1979.
Ce fut une journée sanglante. Les affrontements entre les forces armées et les membres de mouvements hostiles à la nouvelle junte gouvernementale firent une quarantaine de morts. La jeune femme sur la photo s’appelait Juanita et avait 22 ans. C’est un peu plus tard que l’un de ses amis m’a donné ces détails, à l’église du Rosario, où les cercueils furent exposés. À l’endroit du massacre, en plein centre de San Salvador, le corps sans vie de Juanita fut recouvert du drapeau des LP 28, Ligas Populares 28 de febrero, l’un des mouvements révolutionnaires salvadoriens.
Cela faisait juste une semaine que j’étais arrivé ici et le nombre de morts ne cessait d’augmenter. Je me sentais pourtant bien, inconscient sans doute des dangers qui nous entouraient. J’avais même écrit une longue lettre à Marie-Christine lui expliquant que j’éprouvais le besoin de rester longtemps ici, ce qui me valu un coup de téléphone de France. Elle était désespérée à l’idée qu’elle pourrait ne jamais me revoir.
Nous étions jeunes. Pour nous la guerre était quelque chose de romantique. Nous partions à l’aventure, loin de tout. Nous n’avions plus trop de comptes à rendre à une rédaction lointaine. Livrés à nous même, nos choix étaient forcement les meilleurs et, contrairement à l’Iran, quelques mois auparavant, où la différence culturelle trop forte nous pesait et se transformait souvent en une incompréhension culturelle génératrice de violences, le Salvador nous accueillait. Surtout les jeunes qui allaient se faire tuer comme des lapins. La guérilla aussi, qui nous voyait plus en sympathisants des souffrances endurées par un peuple manipulé de longue date par ses dirigeants. Puis un jour, nous nous sommes aperçus que nous avions des ennemis, les escadrons de la mort et l’extrême droite. Nous avions pris l’habitude de nous rendre avec des militants des droits de l’homme sur les endroits où l’on trouvait au petit matin les personnes assassinées dans la nuit. Les escadrons de la mort sévissaient dans les banlieues populaires de San Salvador. Ils n’aimaient pas trop ces étrangers munis d’appareils photo, de caméra ou de stylos qui s’intéressaient de trop près à leurs exactions quotidiennes.
Je ne sais pas si nous avions des idéaux, tout au moins dans le sens politique, mais nous en avions dans le sens humaniste du terme. Nous avions des envies de voyager différemment, de rencontrer et de connaître ceux que nous photographions. La photographie était notre langue commune, à tout ceux qui se trouvaient au Salvador, français, américains, espagnols, salvadoriens…
Nous étions transcendés par la situation, par le pays, par toutes ces personnes que nous rencontrions et qui risquaient leurs vies pour leurs idéaux. Elles étaient en danger permanent.
Nous nous sentions libres. Nous étions des citoyens du monde. D’un monde violent mais tellement attachant.
Vendredi 12 septembre 2014.
Trente cinq années plus tard. Je ne décrirai pas ma journée d’aujourd’hui. Je me suis fait violemment critiqué pour décrire mon quotidien. Je n’avais pas eu ces réactions lorsque la première mouture de ce journal reprenait mes impressions quotidiennes, accompagnées d’une photo du jour. Pourtant c’était la même chose. Je ne passerai pas sous silence non plus une autre critique me reprochant de revenir sur des histoires si anciennes. Ce journal d’un photographe raconte des histoires que j’ai vécu. Il m’a semblé important de les ressortir des boites dans lesquelles elles sont cachées. Elles n’auraient jamais été vues sans cela. Une photo doit pouvoir vivre sa vie, et non pas mourir de ne pas avoir été montrée, tout au moins quand elle en vaut la peine, pour son esthétisme ou l’histoire qu’elle raconte. C’est pour cela que nous faisons ce métier.

Que reste-t-il de notre mémoire si ce n’est une photographie.

http://alain-keler.tumblr.com/          Journal d’un photographe.

Lundi 29 octobre 1979.

Ce fut une journée sanglante. Les affrontements entre les forces armées et les membres de mouvements hostiles à la nouvelle junte gouvernementale firent une quarantaine de morts. La jeune femme sur la photo s’appelait Juanita et avait 22 ans. C’est un peu plus tard que l’un de ses amis m’a donné ces détails, à l’église du Rosario, où les cercueils furent exposés. À l’endroit du massacre, en plein centre de San Salvador, le corps sans vie de Juanita fut recouvert du drapeau des LP 28, Ligas Populares 28 de febrero, l’un des mouvements révolutionnaires salvadoriens.

Cela faisait juste une semaine que j’étais arrivé ici et le nombre de morts ne cessait d’augmenter. Je me sentais pourtant bien, inconscient sans doute des dangers qui nous entouraient. J’avais même écrit une longue lettre à Marie-Christine lui expliquant que j’éprouvais le besoin de rester longtemps ici, ce qui me valu un coup de téléphone de France. Elle était désespérée à l’idée qu’elle pourrait ne jamais me revoir.

Nous étions jeunes. Pour nous la guerre était quelque chose de romantique. Nous partions à l’aventure, loin de tout. Nous n’avions plus trop de comptes à rendre à une rédaction lointaine. Livrés à nous même, nos choix étaient forcement les meilleurs et, contrairement à l’Iran, quelques mois auparavant, où la différence culturelle trop forte nous pesait et se transformait souvent en une incompréhension culturelle génératrice de violences, le Salvador nous accueillait. Surtout les jeunes qui allaient se faire tuer comme des lapins. La guérilla aussi, qui nous voyait plus en sympathisants des souffrances endurées par un peuple manipulé de longue date par ses dirigeants. Puis un jour, nous nous sommes aperçus que nous avions des ennemis, les escadrons de la mort et l’extrême droite. Nous avions pris l’habitude de nous rendre avec des militants des droits de l’homme sur les endroits où l’on trouvait au petit matin les personnes assassinées dans la nuit. Les escadrons de la mort sévissaient dans les banlieues populaires de San Salvador. Ils n’aimaient pas trop ces étrangers munis d’appareils photo, de caméra ou de stylos qui s’intéressaient de trop près à leurs exactions quotidiennes.

Je ne sais pas si nous avions des idéaux, tout au moins dans le sens politique, mais nous en avions dans le sens humaniste du terme. Nous avions des envies de voyager différemment, de rencontrer et de connaître ceux que nous photographions. La photographie était notre langue commune, à tout ceux qui se trouvaient au Salvador, français, américains, espagnols, salvadoriens…

Nous étions transcendés par la situation, par le pays, par toutes ces personnes que nous rencontrions et qui risquaient leurs vies pour leurs idéaux. Elles étaient en danger permanent.

Nous nous sentions libres. Nous étions des citoyens du monde. D’un monde violent mais tellement attachant.

Vendredi 12 septembre 2014.

Trente cinq années plus tard. Je ne décrirai pas ma journée d’aujourd’hui. Je me suis fait violemment critiqué pour décrire mon quotidien. Je n’avais pas eu ces réactions lorsque la première mouture de ce journal reprenait mes impressions quotidiennes, accompagnées d’une photo du jour. Pourtant c’était la même chose. Je ne passerai pas sous silence non plus une autre critique me reprochant de revenir sur des histoires si anciennes. Ce journal d’un photographe raconte des histoires que j’ai vécu. Il m’a semblé important de les ressortir des boites dans lesquelles elles sont cachées. Elles n’auraient jamais été vues sans cela. Une photo doit pouvoir vivre sa vie, et non pas mourir de ne pas avoir été montrée, tout au moins quand elle en vaut la peine, pour son esthétisme ou l’histoire qu’elle raconte. C’est pour cela que nous faisons ce métier.

Que reste-t-il de notre mémoire si ce n’est une photographie.

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Mercredi 24 octobre 1979.
Salvador. Femme avec le portrait de son fils disparu.
« Des hommes arrivent. Ils pénètrent de force chez des gens, riches ou pauvres, dans une maison, un taudis ou une cabane, dans une ville ou un village, n’importe où. Ils arrivent à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, généralement en civil, parfois en uniforme, et toujours armés. Sans donner d’explications, sans produire de mandat d’arrêt, souvent même sans dire qui ils sont ni qui les envoie, ils traînent de force un ou plusieurs membres de la famille vers une voiture, usant de violence au besoin »*.
Monseigneur Romero, entouré de mères de personnes disparues, profite de la présence de la presse étrangère pour parler des disparitions, nouveau fléau du Salvador.
« Une disparition a un effet doublement paralysant: et pour les victimes, souvent torturées et dont la vie est constamment menacée, et pour les membres de la famille qui, ignorant le sort de leurs proches, passent de l’espoir au désespoir, dans l’expectative et dans l’attente, parfois pendant des années, de nouvelles qu’ils ne recevront peut-être jamais. Les victimes savent bien que leur famille ignore ce qui leur est arrivé et que les chances d’être secourues par qui que ce soit sont minces. Ayant été soustraites à la protection de la loi et ayant «disparu» de la société, elles sont en fait privées de tous leurs droits et sont à la merci de leurs ravisseurs* ».
Lorsque les militaires latino-américains ont commencé à faire usage de la pratique des disparitions forcées de personnes comme mode répressif, ils pensaient avoir découvert le crime parfait : conformément à leur inhumaine logique, il n’y avait pas de victime, donc ni coupable, ni délit.
Cette pratique des disparitions forcées est apparue en Amérique latine dans les années 1960. La méthode en tant que telle commence à prendre forme au Guatemala entre 1963 et 1966.
Durant deux décennies, elle s’est répandue au Salvador, au Chili, en Uruguay, en Argentine, au Brésil, en Colombie, au Pérou, au Honduras, en Bolivie, en Haïti et au Mexique.
Amnesty International, FEDEFAM et d’autres organismes de défense des droits de l’Homme, affirment qu’en un peu plus de 20 ans (1966-1986), 90 000 personnes de différents pays du continent latino-américain, ont été victimes de cette pratique aberrante.
Les disparitions forcées ne sont pas propres aux dictatures militaires. Des pays comme le Mexique, la Colombie ou le Pérou, ayant à leur tête des gouvernements élus démocratiquement, ont connu ou connaissent encore de telles pratiques** »
La terreur commence à pénétrer dans la société salvadorienne, escadrons de la mort et armée protégeant l’oligarchie locale, contre la population civile et les religieux comme Mgr Romero ayant pris le partie de la population civile. 
« En 1979, la guérilla éclata dans les villes et les campagnes, débutant ainsi 12 années de guerre civile. Un cycle de violence s’installa, des escadrons de la mort d’extrême-droite firent des milliers de victimes. La Force Armée Salvadorienne (ESAF) s’engagea également dans la répression et les massacres aveugles ; le plus notoire fut le massacre d’El Mozote en décembre 1981 où au moins 767 civils furent abattus. »***

Jeudi 11 septembre 2014.
Léo a 22 ans aujourd’hui. Il s’est passé beaucoup de choses les 11 septembre, mais aujourd’hui je ne retiendrai que cet événement. C’est un âge où l’on a la tête encore pleine de rêves, d’envies, d’espoirs. C’est un âge merveilleux où l’on entre ailleurs, dans un monde qui devient de plus en plus dur, et c’est bien de l’aborder avec du recul. Mais il faut aussi savoir se préparer à voler de ses propres ailes, d’oser, d’essayer, de créer.
Bon anniversaire mon tigre**** et beaucoup de projets, de réalisations et de succès.



 
*  Source : Independent Commission on International Humanitarian Issues, Disappeared! Technique of Terror (Londres, Zed Books, 1986).
** Source : Irénées.net. http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-604_fr.html
*** Source Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Salvador
**** Pour moi le tigre est le plus bel animal que l’on peut trouver sur la planète ! Léo est aussi appelé Léopard, ou mon tigre du Bengal.

 

http://alain-keler.tumblr.com/                Journal d’un photographe.

Mercredi 24 octobre 1979.

Salvador. Femme avec le portrait de son fils disparu.

« Des hommes arrivent. Ils pénètrent de force chez des gens, riches ou pauvres, dans une maison, un taudis ou une cabane, dans une ville ou un village, n’importe où. Ils arrivent à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, généralement en civil, parfois en uniforme, et toujours armés. Sans donner d’explications, sans produire de mandat d’arrêt, souvent même sans dire qui ils sont ni qui les envoie, ils traînent de force un ou plusieurs membres de la famille vers une voiture, usant de violence au besoin »*.

Monseigneur Romero, entouré de mères de personnes disparues, profite de la présence de la presse étrangère pour parler des disparitions, nouveau fléau du Salvador.

« Une disparition a un effet doublement paralysant: et pour les victimes, souvent torturées et dont la vie est constamment menacée, et pour les membres de la famille qui, ignorant le sort de leurs proches, passent de l’espoir au désespoir, dans l’expectative et dans l’attente, parfois pendant des années, de nouvelles qu’ils ne recevront peut-être jamais. Les victimes savent bien que leur famille ignore ce qui leur est arrivé et que les chances d’être secourues par qui que ce soit sont minces. Ayant été soustraites à la protection de la loi et ayant «disparu» de la société, elles sont en fait privées de tous leurs droits et sont à la merci de leurs ravisseurs* ».

Lorsque les militaires latino-américains ont commencé à faire usage de la pratique des disparitions forcées de personnes comme mode répressif, ils pensaient avoir découvert le crime parfait : conformément à leur inhumaine logique, il n’y avait pas de victime, donc ni coupable, ni délit.

Cette pratique des disparitions forcées est apparue en Amérique latine dans les années 1960. La méthode en tant que telle commence à prendre forme au Guatemala entre 1963 et 1966.

Durant deux décennies, elle s’est répandue au Salvador, au Chili, en Uruguay, en Argentine, au Brésil, en Colombie, au Pérou, au Honduras, en Bolivie, en Haïti et au Mexique.

Amnesty International, FEDEFAM et d’autres organismes de défense des droits de l’Homme, affirment qu’en un peu plus de 20 ans (1966-1986), 90 000 personnes de différents pays du continent latino-américain, ont été victimes de cette pratique aberrante.

Les disparitions forcées ne sont pas propres aux dictatures militaires. Des pays comme le Mexique, la Colombie ou le Pérou, ayant à leur tête des gouvernements élus démocratiquement, ont connu ou connaissent encore de telles pratiques** »

La terreur commence à pénétrer dans la société salvadorienne, escadrons de la mort et armée protégeant l’oligarchie locale, contre la population civile et les religieux comme Mgr Romero ayant pris le partie de la population civile.

« En 1979, la guérilla éclata dans les villes et les campagnes, débutant ainsi 12 années de guerre civile. Un cycle de violence s’installa, des escadrons de la mort d’extrême-droite firent des milliers de victimes. La Force Armée Salvadorienne (ESAF) s’engagea également dans la répression et les massacres aveugles ; le plus notoire fut le massacre d’El Mozote en décembre 1981 où au moins 767 civils furent abattus. »***

Jeudi 11 septembre 2014.

Léo a 22 ans aujourd’hui. Il s’est passé beaucoup de choses les 11 septembre, mais aujourd’hui je ne retiendrai que cet événement. C’est un âge où l’on a la tête encore pleine de rêves, d’envies, d’espoirs. C’est un âge merveilleux où l’on entre ailleurs, dans un monde qui devient de plus en plus dur, et c’est bien de l’aborder avec du recul. Mais il faut aussi savoir se préparer à voler de ses propres ailes, d’oser, d’essayer, de créer.

Bon anniversaire mon tigre**** et beaucoup de projets, de réalisations et de succès.

 

*  Source : Independent Commission on International Humanitarian Issues, Disappeared! Technique of Terror (Londres, Zed Books, 1986).

** Source : Irénées.net. http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-604_fr.html

*** Source Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Salvador

**** Pour moi le tigre est le plus bel animal que l’on peut trouver sur la planète ! Léo est aussi appelé Léopard, ou mon tigre du Bengal.

 

http://alain-keler.tumblr.com/                 Journal d’un photographe.
Mardi 23 octobre 1979. San Salvador.
Monseigneur Romero. Surnommé l’évêque des pauvres, Mgr Romero dénonça les crimes, enlèvements et assassinats menés quotidiennement par l’armée salvadorienne et les escadrons de la mort, ce qui le fait passer pour un dangereux agitateur aux yeux du pouvoir et de l’oligarchie salvadorienne. Le 23 mars 1980, à l’occasion d’un sermon dans la Basilique du Sacré-Cœur de San Salvador, Monseigneur Romero lance un appel aux soldats face aux exactions de l’armée : « Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit la respecter. Il est temps de revenir à votre conscience et d’obéir à votre conscience plutôt qu’à l’ordre du péché. Au nom de Dieu, au nom de ce peuple souffrant, dont les lamentations montent jusqu’au ciel et sont chaque jour plus fortes, je vous prie, je vous supplie, je vous l’ordonne, au nom de Dieu : Arrêtez la répression !* »
Je ne suis là que depuis deux jours mais la tension ne fait que s’accentuer. Le San Salvador est en état de guerre civile. Je m’organise avec des autres photographes et l’organisation des droits de l’homme pour être prévenu dès qu’il se passe quelque chose.

Mercredi 10 septembre 2014.
Hier soir je suis allé à la MEP pour le vernissage de l’exposition de Pascal Maitre. J’ai déjà parlé plusieurs fois de Pascal, ami et ancien associé du temps de l’agence Odyssey images, dans les années 90. Pascal est devenu un « maitre » de la couleur et cette exposition représente une consécration de son travail. La soirée se termina autour d’une table où amis traditionnels comme Jean-Luc Marty, Judith, Serge Sibert, Emmanuel Transon se retrouvèrent avec une petite partie de l’agence MYOP que j’emmenais avec moi, Lionel Charier, Philippe Guionie, Tess, Chloe, ainsi que Françoise Hugier dont l’exposition au même endroit vient de s’achever. Belle soirée.
Statistiques du jour : la croissance française n’atteindra pas les 1% en 2015, mais 0,9% et 0,5% cette année, et le déficit français sera de 4,4% du produit intérieur brut en 2014 et 4,3% en 2015. Il était de 4,2% en 2013**.
184 calories/heure au vélo de ma salle de gym, 13,2 kilomètres en 30 minutes et 1,37 kilomètre en 15 minutes sur le tapis avec 108 calories brûlées. Cela n’intéresse sans doute personne, comme la plupart des statistiques mais cela n’a aucune importance. Cela fait partie des nouvelles du journal d’un photographe. Il y a des choses plus sérieuses que d’autres, et beaucoup de futiles aussi.
Alors bonne soirée en ce mercredi de septembre 2014.
* Source Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%93scar_Romero
** Source Le Parisien.

http://alain-keler.tumblr.com/                 Journal d’un photographe.

Mardi 23 octobre 1979. San Salvador.

Monseigneur Romero. Surnommé l’évêque des pauvres, Mgr Romero dénonça les crimes, enlèvements et assassinats menés quotidiennement par l’armée salvadorienne et les escadrons de la mort, ce qui le fait passer pour un dangereux agitateur aux yeux du pouvoir et de l’oligarchie salvadorienne. Le 23 mars 1980, à l’occasion d’un sermon dans la Basilique du Sacré-Cœur de San Salvador, Monseigneur Romero lance un appel aux soldats face aux exactions de l’armée : « Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit la respecter. Il est temps de revenir à votre conscience et d’obéir à votre conscience plutôt qu’à l’ordre du péché. Au nom de Dieu, au nom de ce peuple souffrant, dont les lamentations montent jusqu’au ciel et sont chaque jour plus fortes, je vous prie, je vous supplie, je vous l’ordonne, au nom de Dieu : Arrêtez la répression !* »

Je ne suis là que depuis deux jours mais la tension ne fait que s’accentuer. Le San Salvador est en état de guerre civile. Je m’organise avec des autres photographes et l’organisation des droits de l’homme pour être prévenu dès qu’il se passe quelque chose.

Mercredi 10 septembre 2014.

Hier soir je suis allé à la MEP pour le vernissage de l’exposition de Pascal Maitre. J’ai déjà parlé plusieurs fois de Pascal, ami et ancien associé du temps de l’agence Odyssey images, dans les années 90. Pascal est devenu un « maitre » de la couleur et cette exposition représente une consécration de son travail. La soirée se termina autour d’une table où amis traditionnels comme Jean-Luc Marty, Judith, Serge Sibert, Emmanuel Transon se retrouvèrent avec une petite partie de l’agence MYOP que j’emmenais avec moi, Lionel Charier, Philippe Guionie, Tess, Chloe, ainsi que Françoise Hugier dont l’exposition au même endroit vient de s’achever. Belle soirée.

Statistiques du jour : la croissance française n’atteindra pas les 1% en 2015, mais 0,9% et 0,5% cette année, et le déficit français sera de 4,4% du produit intérieur brut en 2014 et 4,3% en 2015. Il était de 4,2% en 2013**.

184 calories/heure au vélo de ma salle de gym, 13,2 kilomètres en 30 minutes et 1,37 kilomètre en 15 minutes sur le tapis avec 108 calories brûlées. Cela n’intéresse sans doute personne, comme la plupart des statistiques mais cela n’a aucune importance. Cela fait partie des nouvelles du journal d’un photographe. Il y a des choses plus sérieuses que d’autres, et beaucoup de futiles aussi.

Alors bonne soirée en ce mercredi de septembre 2014.

* Source Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%93scar_Romero

** Source Le Parisien.

http://alain-keler.tumblr.com/                 Journal d’un photographe.
Dimanche 21 octobre 1979.
Pan Am B.707 : New York Guatemala city 4 h.05, Guatemala city San Salvador : 0 h 25. Hôtel Alameda.
Lundi 22 octobre 1979.
Incroyable. J’ai juste le temps de fouler le sol du Salvador que je photographie mes premiers affrontements mortels dans les rues de San Salvador, la capitale. C’était mon baptême du feu en Amérique centrale.
« Salvador : les nouveaux martyrs de la gauche révolutionnaire.
Alors que la junte révolutionnaire du Salvador entrouvrait le 22 octobre 1979 les portes du gouvernement au centre-gauche salvadorien, les militants du F.A.P.U (Front d’action populaire unifié) manifestaient contre le nouveau régime militaire en enterrant deux des leurs, tués quelques jours plus tôt. Partie des faubourgs populaires de San Salvador, cette marche vers le centre ville devait se terminer face aux soldats de la junte dont les fusils donnaient cinq nouveaux martyrs au F.A.P.U »    Légende Sygma de l’époque.
Rien de tel pour se plonger directement dans l’ambiance qui régnait au Salvador. Les photographes français logeaient à l’hôtel Alameda, simple et bon marché, tandis que la presse anglo-saxonne était au Caminio Real, au-dessus de nos budgets.
À l’époque, nous partions la plupart du temps en spéculation, sur une idée de l’agence ou personnelle. Nous partagions les frais suivant le principe du 50/50, donc nous étions prudents sur les dépenses. Lorsque l’agence parvenait à nous avoir un « assignment », une commande, notre statut financier évoluait car les dépenses étaient prises en charge par le magazine, ce qui était fréquent dans des zones de conflits.
Mardi 9 septembre 2014.
Préoccupations éloignées de celles de 1979. Ainsi va la vie !

Je ne comprends pas très bien comment fonctionne notre corps. J’ai beau m’évertuer à faire du sport, (bon, je n’en suis qu’à ma deuxième séance de gym, mais quand même) mon poids ne baisse pas. Pourtant j’en ai brûlé des calories ! Au contraire et avec horreur et stupéfaction, j’ai constaté avoir gagné plus d’un kilo. Je n’ai jamais été fort en maths ni en physique et encore moins en chimie, mais là, il y a un problème.

http://alain-keler.tumblr.com/                 Journal d’un photographe.

Dimanche 21 octobre 1979.

Pan Am B.707 : New York Guatemala city 4 h.05, Guatemala city San Salvador : 0 h 25. Hôtel Alameda.

Lundi 22 octobre 1979.

Incroyable. J’ai juste le temps de fouler le sol du Salvador que je photographie mes premiers affrontements mortels dans les rues de San Salvador, la capitale. C’était mon baptême du feu en Amérique centrale.

« Salvador : les nouveaux martyrs de la gauche révolutionnaire.

Alors que la junte révolutionnaire du Salvador entrouvrait le 22 octobre 1979 les portes du gouvernement au centre-gauche salvadorien, les militants du F.A.P.U (Front d’action populaire unifié) manifestaient contre le nouveau régime militaire en enterrant deux des leurs, tués quelques jours plus tôt. Partie des faubourgs populaires de San Salvador, cette marche vers le centre ville devait se terminer face aux soldats de la junte dont les fusils donnaient cinq nouveaux martyrs au F.A.P.U »    Légende Sygma de l’époque.

Rien de tel pour se plonger directement dans l’ambiance qui régnait au Salvador. Les photographes français logeaient à l’hôtel Alameda, simple et bon marché, tandis que la presse anglo-saxonne était au Caminio Real, au-dessus de nos budgets.

À l’époque, nous partions la plupart du temps en spéculation, sur une idée de l’agence ou personnelle. Nous partagions les frais suivant le principe du 50/50, donc nous étions prudents sur les dépenses. Lorsque l’agence parvenait à nous avoir un « assignment », une commande, notre statut financier évoluait car les dépenses étaient prises en charge par le magazine, ce qui était fréquent dans des zones de conflits.

Mardi 9 septembre 2014.

Préoccupations éloignées de celles de 1979. Ainsi va la vie !

Je ne comprends pas très bien comment fonctionne notre corps. J’ai beau m’évertuer à faire du sport, (bon, je n’en suis qu’à ma deuxième séance de gym, mais quand même) mon poids ne baisse pas. Pourtant j’en ai brûlé des calories ! Au contraire et avec horreur et stupéfaction, j’ai constaté avoir gagné plus d’un kilo. Je n’ai jamais été fort en maths ni en physique et encore moins en chimie, mais là, il y a un problème.

http://alain-keler.tumblr.com/                 Journal d’un photographe.
Mercredi 17 octobre 1979.
« Cuba, les marines attaquent.
Guantanamo Bay, Cuba.
Plus de 2000 marines ont débarqué à Cuba le mercredi 17 octobre dans le cadre des plus grandes manœuvres américaines jamais entreprises dans les Caraïbes depuis plusieurs années. Les marines resteront quatre semaines dans la base américaine de Guantanamo, à l’est de Cuba, qui été l’objectif de cette fausse guerre. » Légende Sygma.
Le mercredi 10 octobre 1979, je vais chercher un visa journaliste à l’ambassade américaine. Dans la foulée je vais aux ambassades du San Salvador et de Guatemala. Le lendemain ce sera au tour de l’ambassade du Honduras. J’amène ma voiture chez mes parents. Le voyage sera long. Le vendredi je prends l’avion pour New-York et le mardi suivant je vais sur la base de Guantanamo, via Washington, sur l’ile de Cuba avec un avion de l’US Navy.  
À la suite de la guerre hispano-américaine de 1898, Cuba accède à l’indépendance mais dans les faits devient un protectorat américain. Les États-Unis qui avaient utilisé la baie pendant et après le conflit en obtiennent la location perpétuelle le 23 février 1903, accordée par Tomás Estrada Palma, premier président de Cuba (et citoyen américain) dans le cadre du traité américano-cubain. La république de Cuba conserve sur l’emplacement de la base navale une « ultime souveraineté » mais garantit aux États-Unis une « juridiction et un contrôle complets » sur la zone pour une station navale et une station de réapprovisionnement en charbon des navires*. Louée par les Etats-Unis aux termes d’un contrat conclu en 1903, depuis la révolution cubaine les paiements ne sont plus encaissés par La havane qui considère que l’accord avait été conclu sous la contrainte**.
Voyage rapide et intense sous la chaleur moite des caraïbes. La buée s’amusant à s’infiltrer entre le filtre et l’objectif, ce qui nécessitait un désembuage manuel permanent. 
Lundi 8 septembre 2014.
Pas grand chose à signaler. Deuxième séance de gym. Statistiques : vélo : 15 mn, 6,5 km, 97 calories/heure, ce qui fait 24 calories 25. Tapis de course : je suis encore un peu maladroit. 381 calories/heure. Pour 15 mn 86 calories dépensées. Vélo elliptique, ou quelque chose comme ça, abandon, je n’ai pas maitrisé du tout et cela m’a paru dur. J’en réfèrerai à mon coach. J’ai fait aussi un peu de rameur, de vélo allongé (c’est cool !), de l’arc trainer. La femme de ménage était dans le vestiaire homme. Je sortais de la douche et elle n’a pas décollé ! Sérieusement, elle nettoyait ce vestiaire avec application.
Samedi 6 septembre.
Avenue de la porte d’Ivry. Accoudée à une espèce de balustrade en bois de protection autour d’un arbre, une jeune femme asiatique parle sur son portable. Soudain, dans un mouvement assez féminin, elle s’arrête de parler et me regardant déambuler avec mon pas de bipède pressé l’avenue, elle s’adresse à moi gravement en me fixant dans les yeux et me sort cette phrase qui restera gravée dans ma mémoire jusqu’à la fin de me vie : « bonjour l’amour » ! Surpris je décline poliment son offre avec un « non merci » et un sourire coquin. Du coup, je vais dans le supermarché des frères Tang, situé à proximité de l’arbre de l’amour. C’est de la folie furieuse, les prix d’abord, puis la densité humaine. Nous sommes samedi après-midi et c’est jour de courses. Je note les horaires que je me fait un plaisir de vous communiquer, en attendant mon retour muni de sacs adéquates, dans cet eldorado de la consommation bon marché : mardi à vendredi : 09.00-20.00, samedi : 08.00-20.00, dimanche 08.00-13.00.
En attendant de vous y croiser, bonne soirée !
 
 
* source Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Base_navale_de_la_baie_de_Guant%C3%A1namo
**source : http://www.cosmovisions.com/Guantanamo.htm

 

http://alain-keler.tumblr.com/                 Journal d’un photographe.

Mercredi 17 octobre 1979.

« Cuba, les marines attaquent.

Guantanamo Bay, Cuba.

Plus de 2000 marines ont débarqué à Cuba le mercredi 17 octobre dans le cadre des plus grandes manœuvres américaines jamais entreprises dans les Caraïbes depuis plusieurs années. Les marines resteront quatre semaines dans la base américaine de Guantanamo, à l’est de Cuba, qui été l’objectif de cette fausse guerre. » Légende Sygma.

Le mercredi 10 octobre 1979, je vais chercher un visa journaliste à l’ambassade américaine. Dans la foulée je vais aux ambassades du San Salvador et de Guatemala. Le lendemain ce sera au tour de l’ambassade du Honduras. J’amène ma voiture chez mes parents. Le voyage sera long. Le vendredi je prends l’avion pour New-York et le mardi suivant je vais sur la base de Guantanamo, via Washington, sur l’ile de Cuba avec un avion de l’US Navy.  

À la suite de la guerre hispano-américaine de 1898, Cuba accède à l’indépendance mais dans les faits devient un protectorat américain. Les États-Unis qui avaient utilisé la baie pendant et après le conflit en obtiennent la location perpétuelle le 23 février 1903, accordée par Tomás Estrada Palma, premier président de Cuba (et citoyen américain) dans le cadre du traité américano-cubain. La république de Cuba conserve sur l’emplacement de la base navale une « ultime souveraineté » mais garantit aux États-Unis une « juridiction et un contrôle complets » sur la zone pour une station navale et une station de réapprovisionnement en charbon des navires*. Louée par les Etats-Unis aux termes d’un contrat conclu en 1903, depuis la révolution cubaine les paiements ne sont plus encaissés par La havane qui considère que l’accord avait été conclu sous la contrainte**.

Voyage rapide et intense sous la chaleur moite des caraïbes. La buée s’amusant à s’infiltrer entre le filtre et l’objectif, ce qui nécessitait un désembuage manuel permanent.

Lundi 8 septembre 2014.

Pas grand chose à signaler. Deuxième séance de gym. Statistiques : vélo : 15 mn, 6,5 km, 97 calories/heure, ce qui fait 24 calories 25. Tapis de course : je suis encore un peu maladroit. 381 calories/heure. Pour 15 mn 86 calories dépensées. Vélo elliptique, ou quelque chose comme ça, abandon, je n’ai pas maitrisé du tout et cela m’a paru dur. J’en réfèrerai à mon coach. J’ai fait aussi un peu de rameur, de vélo allongé (c’est cool !), de l’arc trainer. La femme de ménage était dans le vestiaire homme. Je sortais de la douche et elle n’a pas décollé ! Sérieusement, elle nettoyait ce vestiaire avec application.

Samedi 6 septembre.

Avenue de la porte d’Ivry. Accoudée à une espèce de balustrade en bois de protection autour d’un arbre, une jeune femme asiatique parle sur son portable. Soudain, dans un mouvement assez féminin, elle s’arrête de parler et me regardant déambuler avec mon pas de bipède pressé l’avenue, elle s’adresse à moi gravement en me fixant dans les yeux et me sort cette phrase qui restera gravée dans ma mémoire jusqu’à la fin de me vie : « bonjour l’amour » ! Surpris je décline poliment son offre avec un « non merci » et un sourire coquin. Du coup, je vais dans le supermarché des frères Tang, situé à proximité de l’arbre de l’amour. C’est de la folie furieuse, les prix d’abord, puis la densité humaine. Nous sommes samedi après-midi et c’est jour de courses. Je note les horaires que je me fait un plaisir de vous communiquer, en attendant mon retour muni de sacs adéquates, dans cet eldorado de la consommation bon marché : mardi à vendredi : 09.00-20.00, samedi : 08.00-20.00, dimanche 08.00-13.00.

En attendant de vous y croiser, bonne soirée !

 

 

* source Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Base_navale_de_la_baie_de_Guant%C3%A1namo

**source : http://www.cosmovisions.com/Guantanamo.htm